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Pensées 11
8/4/2017 17:30:33 (369 lectures)

Pensées 11

11

Voici un homme à son bureau. Il a la plume en main, les feuilles vierges sous les yeux et l'envie d'écrire. Mais écrire quoi ? Il ne le sait. Il aimerait qu'une idée vienne, qu'elle vienne à monter, telle une vague : il s'empresserait alors de se glisser dessus pour entrer dans le mouvement et se laisser aller de l'avant. Mais, pour l'instant, rien ne vient.

Au dehors, dans le quartier, quelques voisins, le sourire aux lèvres, font une pause bien méritée en prenant une boisson ensemble et en discutaillant de tout et de rien. Ils peuvent bien avoir le sourire aux lèvres : ils viennent de bien avancer un chantier entamé quelques heures plus tôt. Faire quelque chose et avancer, de la sorte, donne satisfaction, à l'évidence. Mais, pour lui, notre homme, tout occupé à ce qui paraît ainsi avancer ailleurs, rien ne semble avancer. La plume est là, les feuilles aussi : nul mouvement n'a été imprimé par cet homme à cette plume et les feuilles gisent là devant, comme inexorablement blanches.

Au dehors encore, des enfants jouent. Ils avancent sur une planche à roulette, ils vont, ils viennent. Ils « font » du skate. Là, il ne s'agit pas tant d'engager un chantier en vue d'un résultat que de s'engager dans une activité qui est à elle-même sa propre fin. Reste que tout comme les autres voisins, qui viennent de se remettre à leur chantier, ces enfants sont eux aussi occupés à faire quelque chose.

Notre homme, lui, à l'intérieur de son bureau, lâche un soupir : n'étant point occupé à « faire » comme peuvent l'être tant d'autres, le voilà qui se replie sur lui-même, se recroqueville et sent poindre l'ennui. Il sent bien à quel point être absorbé en quelque activité pourrait lui éviter, à lui aussi, de laisser l'ennui s'infiltrer par tous les bouts. Une seule petite ligne d'écriture pourrait lui donner tout loisir, à lui aussi, de se divertir et s'absorber en quelque autre préoccupation que lui et sa condition d'être qui s'ennuie.

Il se lancerait bien dans un chantier mais n'a guère de goût pour le bricolage, si ce n'est, peut-être, celui des idées. Il se mettrait bien à quelque activité physique mais n'en éprouve guère davantage l'envie. Il sent bien qu'il n'a envie de rien. Il sent bien que le rien rôde tout alentour, prêt à l'enfermer dans les mâchoires de son étau de vacuité.

Tout est là, à disposition pour « faire » quelque chose, mais notre homme éprouve par trop la vanité de toutes ces activités dans lesquelles on se lance pour s'oublier soi-même, pour se projeter vers la visée de résultats qui, une fois atteints, se révéleront n'être que prétexte et tremplin à la visée nouvelle de nouveaux résultats, encore et encore. Il sent bien qu'on ne fait ce qu'on fait, bien souvent, que pour tromper l'ennui et faire croire à ce dernier qu'on est trop occupé pour lui ouvrir la porte et le laisser s'installer.

Le temps passe. La conscience de notre homme fait le lien entre ces instants à peine passés où rien ne s'est passé, hormis l'écoulement d'une durée, et ces instants à venir où pas grand chose de plus ne paraît non plus vouloir advenir.

Le temps passe, « et nous avec », se dit-il. Serait-il occupé à « faire », comme tout le monde, il ne s'attarderait guère à pareille remarque en son fort intérieur. Le temps passe, « et nous avec », se répète-t-il. Il voit là le début d'une possible idée à retenir dans la mesure où ne rien faire a au moins permis à cette idée de surgir.

Il pense à Pascal qui, en ses Pensées, ne dit guère autre chose ; Pascal qui, pensant à l'attitude fréquente des hommes, de ce point de vue, les voit refusant qu'on leur donne par avance le gibier qu'ils tentent de chasser, le poisson qu'ils tentent de pêcher. A ce compte, l'homme n'y trouverait guère son compte : il n'aurait plus ni à chasser, ni à pêcher. Il n'aurait plus à exercer toutes ces activités qui le font « faire » quelque chose et chercher non à atteindre un objet en vue de l'avoir mais à le viser, lui ou encore un autre demain, pour mieux s'oublier, lui et sa condition. Il n'aurait plus, ce faisant, à tenter de tromper l'ennui qui nous indique trop clairement le sort qui attend tout homme, ici-bas, au bout du chemin.


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