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L'homme vulnérable (8)
9/11/2016 7:43:43 (767 lectures)

Petite histoire n°7 / La femme aux lunettes noires...

(09/11/2016)

Année universitaire 2016-2017

Cours de Philippe Géléoc

Chargé de cours à l'Université

Unité d'enseignement : Sujet, lien social et vulnérabilité (approche philosophique)

Intitulé du cours :

L'homme vulnérable

- subjectivité, vulnérabilité et lien social -

TROISIÈME PARTIE :

LA SUBJECTIVITÉ COMME LIBERTÉ FRAGILE

ET LE LIEN SOCIAL

Petites histoires du quotidien (3)


 

Une dernière série de « petites histoires du quotidien » où l'on observe le lien social se mettre en œuvre selon diverses modalités autour de diverses subjectivités qui sont autant de libertés qu'on pourrait qualifier de bien fragiles...

HISTOIRE N° 7 : La femme aux lunettes noires...

La famille que nous observons en cet instant, à côté de nous, au restaurant, est organisée d'une façon qui est manifestement peu ordinaire. Pour s'en rendre compte, un premier indice nous est donné : bien qu'il n'y ait que quelques faibles rayons de soleil qui traversent à peine les nuages pour rejoindre la terrasse de ce restaurant sur laquelle nous avons pris place, une seule personne de cette famille arbore de grosses lunettes noires cachant une bonne partie de ce visage dont tout sourire semble avoir disparu depuis bien des années. Cette personne est la mère. Une mère qui paraît vouloir s'effacer derrière ces lunettes mais vers laquelle, paradoxalement, tous les regards retournent à intervalles réguliers, comme si elle donnait la cadence de ce qui se joue là. Cette femme, à l'évidence, est au centre de toutes les préoccupations. L'attitude du mari en est le meilleur indicateur et ne laisse subsister aucun doute possible à ce sujet.

« Ça va ? Tu es bien assise ? », « tu n'as pas trop de soleil ? » : cet homme ne cesse de s'enquérir au sujet de ce que sent et ressent son épouse. Il semble s'être fait tout entier inquiétude. Il ne cesse de la regarder, il ne cesse de se demander si elle va bien, il ne cesse de lui poser de petites questions à ce sujet en usant d'une discrétion bien rodée depuis bien longtemps.

De son côté, cette femme se sait, à l'évidence reconnue comme dépressive, reconnue comme susceptible d'aller mal, ou encore plus mal, d'un instant à l'autre. Son être tout entier paraît s'être fondu dans le moule de « la-personne-qu'on-sait-vulnérable-et-dont-il-faut prendre-soin », cet être monobloc dans lequel aucun interstice ne paraît permettre à aucun moment que se faufile le début d'une initiative, le début d'une distance à l'égard de soi, le début d'une reprise en main de soi grâce à une liberté depuis longtemps enfouie sous des liens sociaux de proximité familiale rituels qui l'ont enferrée et/ou dans lesquels elle s'est enferrée elle-même il y a de cela fort longtemps. Cette personne n'est pas dépressive, elle est la dépression faite personne : elle est tout entière dépression. Les liens entretenus avec les proches semblent s'être mués en contreforts destinés à sécuriser une identité figée dans laquelle le récit à soi et aux autres n'est plus que variation autour de mêmes thèmes : savoir si tout va bien, savoir s'il y a besoin de se soucier de quelque chose qui se trame, savoir repérer les moindres débuts de symptômes d'un début d'aggravation de la santé de cet individu libre et pourtant si fragile.

Est-ce là ce qu'on appelle « être aux petits soins » avec quelqu'un ? De tels « petits soins » et un souci de l'autre prenant une telle forme peuvent-ils réellement être aidants ? Jusqu'à quel point y a-t-il lieu d'aider l'autre de la sorte ? N'y a-t-il pas un point de rupture, un moment où, croyant aider l'autre, nous ne faisons que le priver du possible usage qu'il pourrait faire, par lui-même, de ses propres ressources pour s'en sortir ? En d'autres termes : n'arrive-t-il pas que des liens sociaux voulant aider autrui vulnérable se transforment en leur contraire et viennent, pour ainsi dire, ligoter l'être vulnérable qui avait vocation à s'extirper de sa vulnérabilité en faisant usage de sa propre liberté ?


 


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