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Réussir sa vie. Lettres à un jeune ami. (4)
15/3/2010 23:16:59 (3406 lectures)

Lettre n°4



Lettre n°4
 
Cher ami,
 
Et un courrier de plus ! Je vois que tu ne te lasses pas de nos échanges puisque tu évoques dans ta dernière lettre la question de « l’équilibre ». Je dois dire que je suis assez d’accord avec toi. Je pense tout comme toi que pour « réussir sa vie » il faut veiller à trouver un certain équilibre. Il y a donc le sens, les valeurs comme nous nous le disions la dernière fois mais aussi « l’équilibre ». En quel sens ? Tâchons d’y réfléchir…
 
Sans doute auras-tu croisé ou croiseras-tu un jour, comme moi, de ces personnes qui s’en veulent d’avoir consacré trop de temps par exemple à leur travail et de ne pas avoir su prendre le temps et le plaisir de voir leurs enfants grandir. Inversement, peut-être    croiseras-tu de ces personnes qui regrettent d’avoir trop longtemps sacrifié leurs aspirations personnelles sur l’Autel de la famille en donnant tout pour leurs enfants et/ou leur compagne/compagnon sans prendre du temps pour eux. Dans ces deux exemples et dans bon nombre de cas, force est de remarquer que bien des individus se rendent compte, - mais parfois trop tard - de ceci qu’ils ont, pour ainsi dire, « mis tous leurs œufs dans le même panier » au sein de l’existence. En de telles occurrences, tout va bien… tant que le panier ne tombe pas.
 
Songeons à celui qui passe l’essentiel de sa vie au travail au détriment de sa vie familiale et qui du jour au lendemain est licencié, perdant alors d’un seul coup tous ses repères. Songeons encore à celle qui n’a jamais passé le permis parce que son compagnon l’avait, n’a jamais travaillé parce que son mari rapportait de l’argent à la maison et qui… au bout de plusieurs années voit soudain son mari la quitter pour partir avec une jeune demoiselle comme cela arrive parfois. Choses terribles que celles-là, bien entendu, parce que dans chaque cas la personne n’a pas fait en sorte de veiller à un certain équilibre. Où l’on voit que l’absence de souci pour une certaine forme d’équilibre peut mener, un jour ou l’autre, à mettre à mal le pseudo équilibre sur lequel reposait sinon notre réussite tout du moins notre bien-être.
 
Il faut que ce nous faisons fasse sens pour nous, il faut que ce que nous sommes amenés à faire ne soit pas en contradiction avec les principes éthiques ou moraux qui ont de la valeur à nos yeux et il faut enfin qu’un minimum d’équilibre soit à l’œuvre sous peine de mettre à mal les conditions d’une réussite durable, d’une réussite aux fondations relativement fermes et stables. Soit. Ceci dit, pour réussir sa vie, ne faut-il pas d’abord avoir en tête le concept de ce qu’est ou de ce que devrait être notre vie pour ensuite veiller à ce que notre vie au quotidien soit un tant soit peu en adéquation avec ce concept ?
 
Il fût un temps, dit-on, où, au sein des sociétés traditionnelles il n’y avait pas trente six solutions ou trente six réponses à la question de savoir ce que nous devons être. Dans des temps qui ne sont pas si anciens que cela, ce que nous avions à devenir était par avance fixé par la famille, par la société : la partie (l’individu) devait, telle une pièce de puzzle, trouver, découvrir la place qui était la sienne et qui était déjà prévue par avance par le tout (la société). Cela était sans doute confortable ! Inutile de réfléchir longuement : « si tu veux réussir, sois ce que nous avons prévu par avance que tu sois » nous disait cette société traditionnelle. Il y avait l’avantage du confort mais l’inconvénient, non négligeable, de l’absence de liberté !
 
Aujourd’hui, les choses sont tout autres ! Qu’est-ce que la réussite ? Cela peut passer par le fait de travailler au CNRS comme chercheur tout en étant boudhiste et en adorant se rendre au fest-noz (fête de la nuit !) pour y danser la danse bretonne… Bref, tu auras compris ce que je veux dire : ce que chacun doit être pour réussir sa vie, il lui faut l’inventer. La chose est connue : l’identité individuelle, notre propre identité, n’est pas déjà là a priori et n’est donc pas à découvrir, il nous faut la construire. La chose n’est sans doute pas toujours simple, du moins a-t-elle cet avantage de laisser la place à la liberté. « Réussir sa vie » dans une société dite démocratique et ouverte n’est donc peut-être pas chose simple par comparaison avec ce que cela pourrait signifier dans une société traditionnelle : toujours est-il qu’on y gagne manifestement au change en pouvant déterminer par soi-même ce que sera notre vie, au lieu que ce soit « les autres » qui le fassent pour nous.
 
Globalement, je trouve que nous ne mesurons qu’assez peu et assez peu souvent à quel point la réussite repose sur nous. Au lieu de cela nous contemplons bien souvent la réussite de ceux qui sont sur le trottoir d’en face et à peine avons-nous rejoint ce trottoir d’en face que nous nous mettons déjà à regarder ailleurs, là où nous ne sommes pas, pour contempler encore et encore des formes de réussite qui ne sont pas les nôtres.
 
Peut-être ferions-nous bien de réaliser que cette réussite que nous envions chez les autres est à portée de main pour qui sait la provoquer. Ceci dit… la réussite existe-t-elle vraiment ?
 
Ne crois pas que je sois devenu fou pour poser une telle question mais tâche plutôt de m’accompagner, si tu veux bien, dans un approfondissement de cette interrogation : la réussite existe-t-elle vraiment ? Existe-t-elle au sens où on peut dire que ce livre que tu tiens entre les mains en ce moment existe ? Je sens que tes certitudes commencent à vaciller un tout petit peu, non ?
 
Cela est normal : la réussite n’existe pas en tant qu’objet. Elle n’est, finalement, qu’un jugement porté par un individu sur une réalité. Ce jugement est lui-même bien mouvant : nous croyons que telle célébrité a réussi sa vie car toutes les caméras sont braquées sur elle or cette même célébrité peut fort bien, quant à elle, considérer en son fort intérieur que sa vie est un échec. Où l’on voit qu’à la différence de la chaise, du livre… la réussite n’est pas une chose parmi les choses mais tout au plus un sentiment, un jugement porté sur une réalité, sur un ensemble d’actions. Là où X voit de la réussite, Y voit de l’échec. Comment expliquer cela ?
 
Pour le comprendre, il est possible de faire le détour par cette phrase extraordinaire du philosophe Spinoza XVIIè siècle :
 
« Je voyais qu’aucune des choses qui était pour moi cause ou objet de crainte ne contient rien en soi de bon ni de mauvais si ce n’est à proportion du mouvement qu’elle excite dans l’âme ».
(Traité de la Réforme de l’entendement)
 
En clair, pour le jeune homme que tu es : si demain tu es dans les bras d’une belle blonde aux yeux bleus, peut-être estimeras-tu avoir « réussi ta vie » : mais ce ne sera jamais qu’« à proportion » de l’importance, de la valeur et du crédit que tu accordes à cette expérience. Celui qui est également, comme toi, dans les bras d’une belle blonde aux yeux bleus et qui se rend compte que cette dernière vient de dévaliser son compte en banque ou encore de le tromper avec un autre ou encore de l’empoisonner tout en lui faisant boire du champagne se rendra rapidement compte qu’il n’y a pas « en soi » de réussite dans le fait d’être dans les bras d’une blonde aux yeux bleus. Pardonne-moi ce stupide exemple. Je n’ai d’autre dessein, en le prenant, que celui de te faire partager cette conviction qui est mienne : il n’y a de réussite dans le monde que pour autant que nous l’y mettons nous-mêmes. Difficile à admettre ?
 
Prenons l’exemple d’un Mathieu RICARD, le fils du philosophe, écrivain et journaliste Jean-François REVEL. Mathieu RICARD était promis à une belle carrière scientifique et il a décidé de tout arrêter pour devenir moine boudhiste. « Folie pure » ont peut-être alors crié certains : comment peut-on « briser sa carrière », selon l’expression consacrée, et refuser de « réussir sa vie » en refusant de prendre la voie de la noble carrière de scientifique ? se demanderont peut-être certains. C’est oublier d’une part que cette conception-là de la réussite n’est, justement, qu’une conception : une idée de l’esprit. C’est oublier, d’autre part, que les conceptions que chacun a de la réussite peuvent être extrêmement variées. Il n’y a donc assurément pas de « réussite en soi » qui serait, par je ne sais quel miracle, automatiquement accolée à telle chose ou à telle autre : à la carrière scientifique et non à la voie bouddhiste, au fait d’être aux bras d’une belle blonde et non aux bras d’une belle brune, ou dans la solitude.
 
Bref, si ce qui est ici réussite selon les uns n’est en rien réussite selon les autres, c’est que, comme Aristote le disait déjà du bonheur, chacun en a sa définition.
 
Je te propose, quoi qu’il en soit, de méditer cela : la réussite n’est pas et ne sera jamais dans les choses, elle sera toujours exclusivement dans notre esprit qui la projette sur les choses et en elles tel un vidéoprojecteur qui croirait que ce qu’il projette sur l’écran relève du monde des choses.
 
« Ce que tu vois n’est qu’une représentation de ce que tu crois » disait en substance un certain Joe VITALE. La réussite tombe sous le coup de cette profonde sentence : celle que nous croyons voir dans le monde n’est tout au plus qu’une de nos représentations. Non que la réussite n’existe pas : je ne dis aucunement cela. Je dis simplement ceci : la réussite n’existera jamais dans le monde en tant que telle. Elle ne sera jamais qu’une projection de notre esprit qui se plait à contempler dans le monde ce qu’il y a lui-même placé sans s’en rendre toujours vraiment compte.
 
La réussite est une réalité qui existe sur le même mode que la fragilité : la fragilité n’existe pas en elle-même, elle n’existe que dans nos pensées qui croient voir un verre fragile là où finit par se briser un objet au-delà de tel niveau physique de résistance à une pression.
 
Pourquoi te dis-je tout cela concernant la réussite ? Tout simplement parce que certains, pour ne pas dire bon nombre, la croient automatique pour peu qu’ils voient quelqu’un qui a une grande maison, un gros salaire, une carrière impressionnante et une grosse voiture. Autrement dit, ils croient à la réussite comme à une chose, un objet qu’on en viendrait à posséder. C’est oublier que derrière les réussites « dans » la vie (carrière, voiture, etc.) il n’est parfois qu’assez peu de réussite tout court : chacun connait ces cas de figure où certains ont certes réussi matériellement « dans la vie » mais n’ont absolument pas « réussi leur vie ».
 
Bref, faisons simple : la réussite ? C’est surtout dans nos têtes !
 
Tu pourras m’objecter qu’il faut tout de même réussir un minimum « dans sa vie » pour « réussir sa vie ». Je n’y vois guère une objection : je suis entièrement d’accord avec cette idée qu’il faut posséder un minimum pour éprouver le début d’un sentiment de réussite. Il n’est d’ailleurs qu’à penser à ceux qui tendant la main pour une pièce dans la rue semblent hélas bien éloignés de toute forme de réussite « dans la vie » et « de leur vie » tout court. Pour autant, il ne faudrait pas en conclure trop rapidement qu’en possédant tout ce que nous souhaitons posséder, nous finirons par baigner définitivement dans la réussite.
 
« Malheur à qui n’a plus rien à désirer, il perd pour ainsi dire tout ce qu’il possède » disait ROUSSEAU, dont j’ai déjà mentionné la présente citation.
 
Pas plus que nous posséderons le bonheur en ayant satisfait tous nos désirs, nous ne serons sur le sentiment d’avoir réussi de façon définitive notre vie une fois juché sur le tas de nos possessions. Pourquoi ? Cela tient à la raison suivante : ce qui nous fait le plus palpiter c’est moins le fait de posséder quelque chose que le fait de tendre vers la chose désirée.
 
Sur ces considérations, je te dis à bientôt.
 
                                                                                    Bien à toi !
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 


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