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Réussir sa vie. Lettres à un jeune ami. (2)
14/3/2010 10:09:33 (3260 lectures)

Lettre n°2



Lettre n°2
           
Cher ami,
 
            J’ai bien reçu ton courrier et je t’en remercie. Ma proposition de courriers successifs semblant te convenir, poursuivons donc notre chemin si tu en es d’accord.
 
            Tu fais bien de me demander si cette réflexion sur « réussir sa vie » ne surgit pas uniquement à partir d’un certain âge… Je me suis moi-même demandé parfois si cette question ne surgit pas surtout lors de la « crise de la quarantaine » ! Mon hypothèse est toutefois quelque peu démentie par le fait que du haut de ton jeune âge tu te poses déjà semblable question. A moins que tu ne sois l’exception venant confirmer la règle qui voudrait qu’on ne se pose ce type de question qu’à partir d’un certain âge !
 
Allons plus loin : l’intérêt porté au fait de savoir ce que peut signifier « réussir sa vie » n’est-il pas le propre de ceux qui, arrivés à un certain âge voire un âge certain, en viendraient à songer à la mort qui se rapproche d’eux ? Si « réussir sa vie » passe par le fait, comme on dit, d’« aller de l’avant » force est de réaliser que ce qu’il y a « de l’avant » et donc « devant », à terme, c’est la mort…
 
« Réussir sa vie » relève de cette préoccupation qu’ont ceux qui veulent surtout « mordre dans la vie », « avancer » se dit-on de prime abord. Aussi est-on peu enclin à croire, d’entrée de jeu, que cette préoccupation pour la réussite pourrait entretenir un quelconque lien avec la mort. Et pourtant…
 
Si on se préoccupe à un moment donné de « réussir sa vie », n’est-ce pas parce qu’on a peur de se retrouver à un moment donné, au moment du bilan – s’il en est un – face à l’impression d’avoir raté sa vie et de devoir bientôt tirer sa révérence sans avoir réussi à faire ce qu’on voulait faire et parfois sans s’être demandé ce qu’on voulait faire ? L’approche de la mort nous inciterait ainsi à nous poser les questions essentielles ; et au nombre de ces questions devenant essentielles à nos yeux il y aurait celle de savoir si de ce laps de temps sur terre finalement bien limité et bien court nous avons su faire bon usage et donc réussi à faire ce que nous voulions faire au point de pouvoir songer à quitter ce bas-monde sur un sentiment d’apaisement. Qu’en penses-tu ?
 
Autre lien entre la quête de la réussite et la mort, c’est ce que décrit fort bien l’auteur de La tragédie de la réussite : si certains d’entre nous sont à ce point dans une quête effrénée de la réussite, s’ils sont à ce point dans une quête permanente de « toujours plus d’action », « toujours plus de pouvoir », « toujours plus d’argent » c’est fort probablement parce que le temps qu’ils passent à être « dans l’action » en se disant « débordés, surbookés et overbookés » est du temps qu’ils ne passent pas à s’arrêter pour réfléchir sur le sens de tout cela et sur cette chose qu’aucune action, qu’aucun argent et qu’aucun pouvoir ne peut empêcher de survenir : leur propre mort. Si autant de gens sont en quête de réussite, peut-être est-ce effectivement à seule fin parfois de s’absorber dans l’action, de ne pas s’arrêter et de ne pas prendre le temps de songer à ce qui est devant, au bout du bout.    Est-ce toutefois en mettant la tête dans le sable qu’on parvient à éviter ce qui vient vers nous ? Il est permis d’en douter…
 
Un troisième élément m’incite à penser que notre souci de la réussite est sous-tendu par la crainte de la mort. Je songe, disant cela, à un participant à ma conférence qui me disait que réussir sa vie passe, d’après un auteur dont il aurait oublié le nom, par le fait soit d’avoir un enfant, soit de planter un arbre, soit d’écrire un livre. Qui ne voit, derrière cette idée, l’évidence ? Si la réussite passe pour bon nombre d’entre nous par le fait de réaliser l’une de ces trois choses c’est bien parce que dans les trois cas de figure évoqués nous nous plaisons à penser et à croire que quelque chose de nous perdurera par delà notre disparition. Nous avons besoins de le penser : nous avons besoin d’accepter l’inacceptable. Ainsi nous plaisons-nous à penser que nous faisons un pied de nez à cette mort, génétiquement inscrite en nous, en laissant derrière nous des lecteurs qui nous feront vivre encore, des enfants qui prolongeront certaines de nos impulsions ou des arbres qui seront une trace plus durable que notre être de cette brève existence… Illusion ? Réussite véritable ?
 
Une chose est certaine, d’après une participante à ma conférence qui, elle, s’occupait de « soins palliatifs » : au moment où elles sont près de la mort et au moment où bon nombre souhaitent faire le bilan, bien des personnes s’inquiètent de pouvoir laisser « une trace ».
 
La trace… cette fameuse trace qui est toujours trace de quelque chose qui l’a précédé et trace qui perdure par-delà l’évènement disparu. Notre vie est un évènement amené à disparaître : le souci de la réussite s’illustrant par le fait de vouloir laisser derrière soi cette trace – un enfant, un livre, ou un arbre – n’est-il pas à lui seul l’indice d’un lien évident entre quête de la réussite et souci lié à la façon de gérer au mieux cette fichue mort qui, quoi qu’on fasse, est indissolublement liée à la vie ?
 
Ainsi me suis-je rendu compte d’une chose, vois-tu : je me suis rendu compte de ceci que pour viser à réussir sa vie sans être dans une quête effrénée par laquelle nous nous aveuglons nous-mêmes en faisant l’autruche, il convient aussi de penser sa propre mort et au sens que peut avoir celle-ci ou que nous pouvons, en tout cas, lui donner afin de viser une réussite non aveugle anticipant sur les possibles craintes des derniers moments et permettant de partir sur un sourire : de partir… apaisé.
 
Imaginons que notre quête de la réussite soit une quête incessante de « toujours plus d’argent ». Et, imaginons que pièce à pièce nous soyons à même de faire un tas immense de pièces d’argent. Question : que ferons-nous une fois tout en haut de ce tas immense ? Est-ce juché sur cette montagne d’argent que nous en viendrons à nous demander « à quoi bon » tout cela ? N’est-il pas possible de prendre du recul avant et de prendre un autre type de recul que celui que confère le fait d’être juché bien haut sur un tas de millions ?
 
« Que faire maintenant ? » se demande probablement celui qui est arrivé tout en haut. La satisfaction de l’alpiniste est-elle dans le fait d’avoir atteint le sommet ? Sans doute, tout du moins pour partie et en tous cas : uniquement lorsqu’on ne l’a pas déposé en haut par hélicoptère ! Autrement dit : la satisfaction n’est là qu’à proportion de ce qui la précède. Le plaisir, sans doute immense mais probablement temporaire, d’être arrivé et d’y être arrivé est non seulement dans l’atteinte du résultat mais aussi et surtout dans la tension propre au désir d’atteindre le résultat : c’est-à-dire dans le cheminement vers…
 
Vois-tu, j’adore, de ce point de vue, cette citation de Rousseau qui nous dit, me semble-t-il, l’essentiel :
 
« Malheur à qui n’a plus rien à désirer ; il perd pour ainsi dire tout ce qu’il possède ».
 
Ce que j’interprète de la façon suivante : c’est moins le fait de posséder quelque chose qui nous fera goûter le bonheur de la réussite que le fait d’être en chemin, de traverser les chemins escarpés de la vie avec en tête l’idée qu’un jour nous atteindrons le sommet. Ce pourquoi les plus riches ne songent d’ailleurs bien souvent qu’à continuer à travailler, à désirer et à se fixer incessamment de nouveaux objectifs : sans cette tension des objectifs et du projet, ils demeureraient rivés au présent et cesseraient de vibrer.
A bientôt ?
Bien à toi.


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