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La décision de Neil (4)
12/6/2013 6:09:46 (2385 lectures)

4



4

Journal de Neil (feuillet 7 retrouvé) (dossier gendarmerie NK353837a3).

Saloperie de vie. Cet après-midi je suis parti me cacher près du lac derrière les palettes. J’ai sorti la lame de rasoir. J’ai cherché la meilleure veine et j’ai commencé à entamer la chair. Ça piquait. Ça sautait. Il aurait sans doute fallu y aller d’un coup sec : une fois pour toutes.

J’ai pas pu. Rien à faire. Je m’y suis remis à plusieurs reprises mais, rien à faire, j’ai pas pu. J’en ai marre, j’en peux plus. Si je pouvais tirer les piles de ce putain de cerveau. Rien à faire.

Plus je vais, plus je me dis que c’est Béa qui a raison : je ne suis qu’une merde. Si Bobant m’a convoqué c’est que j’ai plus ma place. Peut-être que je l’ai jamais eue, cette place. Ça a été pendant quinze ans mais c’était sans doute parce que les autres ont voulu être gentils avec moi. Béa, Bobant, Marc maintenant : je sais maintenant que ça relève de cela, ça relève de ce que le formateur a appelé le « faisceau d’indice ».

Par tous les bouts c’est coincé. Si tout le monde me voit comme ça, c’est que je suis comme ça, c’est une certitude maintenant.

 *****

« Marc peut penser ce qu’il veut… » se disait Neil, alors qu’il venait d’entamer la discussion au restaurant administratif avec Arnaud, le nouveau comptable.

  • Il faut sans doute beaucoup aimer les chiffres pour être comptable… fit Neil en se demandant si sa question n’était pas stupide.
  • Pas obligatoirement fit Arnaud. Et il poursuivit. Pas obligatoirement reprit-il. S’agissant de mon propre cas, je déteste les chiffres. Pour tout vous dire : je déteste être comptable.
  • Mais pourquoi…
  • Pourquoi suis-je comptable alors que je déteste cela, à la base ? Parce que ce métier m’apporte l’argent dont j’ai besoin pour vivre…
  • Mais alors… vous ne vous ennuyez pas ?
  • Non. Cela occupe mon esprit. C’est le reste qui compte pour moi, ce qui ne relève pas des comptes. Neil fronça les sourcils. Arnaud crut bon de déplier la phrase qu’il venait de formuler.
  • L’essentiel, pour moi, ce sont les relations. Ce qui compte, à mes yeux, c’est de comprendre l’Homme : l’Homme avec un grand H.
  • Et donc aussi aussi la femme… lâcha Neil.
  • C’est cela…
  • Et… et l’autre fois. Vous me disiez que… par rapport à ma femme…
  • Continuez, fit Arnaud, comme pour placer Neil en situation de confiance, de protection.
  • Vous me disiez que le pouvoir, c’est moi qui le donne…
  • Le pouvoir qu’elle a sur vous n’existerait pas sans VOUS qui le lui donnez.

Arnaud venait de préciser ce que Neil, à ses yeux, devait comprendre. Neil regardait Arnaud qui venait de se remettre à manger. Il sentait que ce comptable était autre chose qu’un comptable. Cette « autre chose », il n’arrivait pas à en faire le tour. Il sentait aussi comme le début d’une vague, d’une déferlante qui se rapprochait de lui. Etrange sentiment.

  • Vous m’avez parlé de votre compagne, laquelle semble avoir sur vous une certaine emprise. Je peux simplement vous dire qu’elle a ce pouvoir sur vous parce que vous vous racontez des histoires.

Neil se faisait l’impression de comprendre de façon intuitive ce qui lui était dit. Il pensait à Marc. Il se disait qu’il lui serait bien difficile d’expliquer par des mots ce que ce comptable lui apportait. Il se demandait ce qui se passait : était-ce le début d’une libération ? Ou bien était-ce un début de compréhension et d’acceptation d’une situation dont rien ni personne ne pourrait jamais l’extirper ?

  • Vous savez, fit le comptable, je crois que c’est notre attitude qui crée le monde qui nous entoure.

Neil avait arrêté de manger. Il regardait Arnaud. Il lui semblait regarder un être dont l’étiquette s’étiole au fil de l’échange. Neil se tut. Il attendait la suite, comme si sa vie avec Béa, comme si sa vie avec Petit Pierre, comme si tout ne tenait plus qu’à un fil, à un étrange fil : celui des sons sortant de la bouche de ce… « comptable ».

  • Je ne pense pas que ce nous disons des autres dit tout de ce qu’ils sont. Je crois que cette identité que nous leur conférons ne se maintient dans l’être que par nous… : il y a l’attitude que nous avons, il y les mots que nous utilisons, il y a cette image de l’autre que nous tissons au fil de nos pensées.

Neil regarda Arnaud qui souriait tout en parlant. Il semblait bien loin du monde des comptes et des factures. Pourquoi souriait-il ? Pourquoi semblait-il heureux ? Et pourquoi y avait-il sur cette terre des comptables qui n’aiment pas compter et qui semblent pourtant heureux alors que lui, avec Béa, c’était si compliqué ? Neil eut beaucoup de mal à se concentrer au travail, cet après-midi là.

  *****

Béa se leva et arriva dans la cuisine. Elle passa devant le placard, devant le four, devant Neil, devant l’évier et s’apprêta à s’asseoir.

Neil, épluchant une orange, retenait presque sa respiration. Il attendait un signe ; en vain, mais il attendait.

  • C’est pour moi ce croissant ?
  • Oui.
  • Merci…
  • Je t’en prie…

Béa s’installa. Neil fit le tour de la table et s’installa à son tour : en face de Béa.

Béa but une gorgée de jus d’orange. Il se passa alors quelque chose qui ne s’était pas produit depuis longtemps : elle regarda Neil et se mit à sourire.

  • Pierre voudrait voir la mer. Je lui ai lu un livre hier soir pour l’aider à s’endormir plus rapidement que l’autre soir. Il voudrait voir la mer.

« Incroyable » se disait Neil. Il n’en croyait pas ses yeux : Béa souriait. Lui souriait-elle ? Ou bien était-ce un sourire intérieur se dévoilant sur son visage à la seule pensée du plaisir qu’aurait Petit Pierre à voir la mer ? Neil décida de faire l’autruche et d’enfoncer ses questions – et sa tête avec – profondément dans le sable.

  • Ce serait chouette, fit Neil. Il ne voulait pas s’engager dans des phrases trop longues : il avait peur de se prendre les pieds dedans, peur de tout gâcher.
  • On pourrait le réveiller tout-à-l’heure et partir à la mer ! fit Béa en mordant aussitôt après à pleines dents dans son croissant.
  • Le réveiller ?
  • Non, tu as raison, on est dimanche. On le laisse se réveiller. Et toi ? ça te dit d’aller à la mer ?
  • Oui, bien entendu ! répondit Neil, ébahi par ces questions ouvertes que Béa se remettait à lui poser.
  • Et puis, ça te fera du bien, précisa Béa.

Neil ne comprenait pas, ne comprenait plus ce qui se passait. Mais était-il besoin de comprendre avant de se servir une tranche de bonheur ?

*****

« Tu n’es vraiment qu’un con. Tu gâches tout… » Cette phrase tournoyait dans la tête de Neil. Il se tournait dans un sens, puis dans l’autre, sur ce matelas trop petit. Rien à faire : il ne parvenait pas à s’endormir.

Cette journée de dimanche défilait dans sa tête. Il y avait ce croissant, il y avait ce jus d’orange. Puis il y avait Petit Pierre et ce pétillement dans ses yeux quand Béa lui avait dit : « Papa et maman ont décidé d’aller avec toi jusqu’ à la mer… ».

« Papa et maman… » : de loin en loin, dans la tête de Neil, résonnait l’écho de ce début de phrase. « Papa et maman… » : cette entité unique dont une bêtise, une seule, venait de redécoller tous les morceaux…

Neil repassait le film dans sa tête. Il souriait et pleurait en même temps, dans son sac de couchage, en repensant au pourquoi : il savait pourquoi il était monté à cinquante kilomètres/heure au-dessus de la vitesse autorisée.

  • La voiture à papa, elle va vite, avait lâché son Petit Pierre sur le chemin du retour.

Lui, Neil, était si heureux. Tout se passait tellement bien.

  • Tu vas voir comment elle va vite, avait-il simplement répondu, avant d’écraser son pied sur l’accélérateur.
  • Qu’est-ce que tu fais ? avait simplement demandé Béa.

Il aurait dû réaliser. Il aurait dû « tilter », comme il se le disait à présent. Absorbé par cet incroyable moment de bonheur, il ne s’était pas rendu compte. Il avait voulu faire comme Marc avec son Audi. Il avait oublié les séquelles psychologiques que Béa conservait d’un accident grave lors de son enfance.

  • Tu es un irresponsable, tu n’es vraiment qu’un con, tu gâches tout…

La phrase de Béa était tombée comme un couperet après que Petit Pierre fut endormi. Puis la porte de ce qui n’était plus « leur » chambre depuis longtemps maintenant s’était fermée.

Maintenant Neil était dans cette saloperie de sac de couchage. Il se tournait dans un sens, puis dans l’autre… rien n’y faisait…


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