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La décision de Neil (3)
11/6/2013 21:12:29 (2192 lectures)

3



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Journal de Neil (feuillet 2 retrouvé) (dossier Gendarmerie NK353837 a z).

Ce qui a pu se passer entre Béa et moi pour qu’on en arrive là : je sais pas…

Au début tout semblait possible. Je me rappelle encore la première fois : cette jupe blanche avec les petits motifs, cette légèreté, cette fraicheur.

Béa n’arrêtait pas de me poser des questions : sur moi, sur mes centres d’intérêts, sur mes rêves… Tout semblait possible, tout était ouvert. Aujourd’hui tout s’est refermé, je me sens figé dans son regard. Quoi que je fasse, tout ce que je fais est ramené à cette putain d’image qu’elle s’est collée de moi dans la tête. Rien à faire. J’ai beau essayer, rien à faire…

Par moments je sens bien que j’ai envie de péter un câble. Je me retiens. Mais jusqu’à quand…

J’écris dans ce carnet à la con. C’est pour déverser le trop plein. Je ne suis pourtant pas un ado. Moi, c’est pas pareil : c’est comme une thérapie. Faut que ça sorte. Je suis pas écrivain mais faut que j’écrive, faut que je déverse, sinon ça va déborder.

Ces temps-ci j’en ai marre, plus que marre. Elle va me faire chier jusqu’au bout sans doute. En même temps, elle ne me parle plus depuis trois jours.

Avant elle me parlait, elle lâchait des mots et des phrases qui mordent. Maintenant elle ne parle plus. Peut-être qu’elle en a eu marre que je réponde quasi à chaque fois par « je sais pas ». Depuis que je suis en arrêt je ne peux plus faire autrement : j’arrive plus à trouver les mots, j’ai beau chercher.

L’autre jour ça a été le pire : j’ai voulu acheter des bananes pour le petit. Je suis resté planté devant le marchand en montrant du doigt le fruit : j’ai cherché le mot, en vain. C’est comme si ça ne venait plus. Je ne sais pas ce qui se passe. J’ai eu tellement honte, depuis je n’arrive quasiment plus à sortir sans sentir le vent d’angoisse sous la peau…

Parfois j’ai envie d’aller la tuer. L’autre jour, je me suis levé mais j’ai pas pu. Je suis passé devant la chambre de petit Pierre. Il souriait dans son sommeil. Je peux pas lui faire ça. C’est de la MERDE… C’est coincé par tous les bouts, jamais je ne m’en sortirai…

[page 9. Référent : Brigadier DUBOIS]

 *****

Ce jour-là, Neil s’était retrouvé un peu par hasard à la table de Marc au restaurant administratif. Généralement ils se voyaient ailleurs. Marc préférait les sorties sur le temps de midi : « couper avec tous ces cons » qu’il disait…

  • T’en penses quoi, toi, du nouveau comptable ? demanda Neil en portant une première fourchetée à sa bouche.

Marc regardait ailleurs. Une jeune femme élancée venait de passer derrière son dos. Le plateau repas entre les mains elle rejoignait une table du fond. Ses collègues lui faisaient signe. Marc semblait rivé sur le postérieur de la demoiselle et sur très peu d’autres parties de l’anatomie de cette dernière. Il se remit à mastiquer le bout de steak qu’il avait dans la bouche, replaça son couteau et sa fourchette en ordre d’attaque des deux côtés de l’assiette puis fit un clin d’œil à Neil en lui lâchant :

  • Un cul pareil, ça vaut bien huit sur dix, non ?
  • T’es pas possible comme gars… Mais comment fais-tu pour être aussi con, lui renvoya Neil, d’un ton qui tenait tout juste le milieu entre la connivence et le reproche.
  • Quoi ? Tu vois une autre note à mettre ?

Neil secoua la tête de droite à gauche à plusieurs reprises pour indiquer qu’il était dépité.

  • Ben quoi ? Bon, ça va ! Ta Béa n’est pas là, si ? Tu peux te détendre, non ? Cool le Gaou ! Cool…
  • Et le nouveau comptable ? Tu ne m’as pas répondu.
  • Il est un peu à dix mille le garçon !
  • Pourquoi « à dix mille » ?
  • Toujours à sortir des grandes phrases…
  • Ben, justement…
  • Justement quoi ?

Neil avala un autre bout de cet infâme steak carbonisé puis précisa les choses.

  • L’autre jour, comme il m’écoutait bien et que j’ai l’impression qu’on peut lui faire confiance, je lui ai un peu parlé de Béa.
  • Ouais, et alors ? lâcha Marc qui levait la tête et semblait chercher une nouvelle proie pour son tableau de chasse.
  • Ben… il m’a dit que en gros, mes soucis avec Béa, ça tient à mes pensées et que si je change mes pensées, elle n’aura plus de pouvoir sur moi.
  • C’est bien ce que je dis, c’est un con.
  • Oui mais si je ne donne pas de pouvoir à Béa et si je décide de…
  • Décider quoi ? Qu’est-ce que tu veux « décider » ? lâcha Marc comme soudain excédé de devoir se coltiner une fois de plus le sujet « Béa ».

Marc finissait enfin par se concentrer sur ce gros steak et sur les frites. Il engloutissait le tout, tout en poursuivant dans son propos :

  • Il faudrait effectivement que tu te décides à décider, fit-il ironiquement, avec une petite pique. Mais toi, t’es trop compliqué : tu la laisses te bouffer, fit-il en mâchant son steak comme un chewing-gum. Béa, c’est devenu ton cancer et quand t’auras compris ça, mon pote, tu seras monté d’un étage.

            Neil était parfois agacé par l’attitude de Marc à l’égard des femmes mais à chaque fois l’amitié et l’estime reprenaient le dessus. Marc était un être plein, un être entier, un être sans incertitude. Ce qu’il disait semblait si près de la vérité à force d’être dit sur le mode de l’évidence. Neil aurait tellement aimé être comme cela : sans fissure.

  • Alors, ton type, maintenant, ton comptable philosophe à ses heures, faut qu’il redescende sur terre. C’est pas compliqué. Faut qu’il redescende sur terre un point c’est tout ! martela Marc.

Une fois, le repas fini, Marc et Neil passèrent à la cafétéria pour ce qu’ils appelaient « le p’tit jus ». Puis ce fut une après-midi de bureau, une de plus, chacun de son côté.

 *****

Neil cette nuit-là se leva à deux heures du matin. Des aigreurs d’estomac, auxquelles s’ajoutait sans doute la pleine lune.

Il remit son sac de couchage sur le matelas d’une certaine façon : comme pour y conserver la chaleur que son propre corps venait d’y laisser et dans laquelle il comptait revenir se fondre.

 

A travers le vélux, il réalisa que c’était une très belle nuit étoilée. Comme à son habitude, il passa aux toilettes puis s’arrêta à pas de loup dans la chambre de Petit Pierre : pour l’entendre respirer.

 *****

Soirée chez Marc. En arrivant dans le parc, Neil reconnut ce premier repère : l’audi, cette petite voiture de sport que Marc devait passer son temps à bichonner.

  • T’es venu seul ?
  • Oui, Béa… Enfin, c’est pas la grande forme, si tu veux…
  • Bon, ben, tu vas bien prendre un petit whisky. Allez, entre ; je vais te présenter.

Neil se retrouva à table avec toute cette bande de joyeux lurons qui semblaient bien décidés à ne pas laisser la morosité s’inviter dans la maison de ce pilier de Marc.

Plus tard, vers le dessert, un peu honteux de parler si peu, il se tourna vers cette jeune femme brune dont le parfum lui chatouillait les narines depuis presqu’une heure. Elle avait croisé le regard de Neil à plus d’une reprise et avait lâché à chaque fois un petit sourire, comme pour le réconforter dans cette ambiance au sein de laquelle il semblait si peu à l’aise.

  • Vous connaissez Marc depuis longtemps ?

Neil s’en voulut immédiatement de poser une question aussi bête. La demoiselle connaissait sans doute Marc depuis longtemps pour réussir ainsi à le faire tourner en bourrique dès que ce dernier entamait une nouvelle stratégie de drague.

  • Je le connais à peine, répondit-elle. Peut-être pouvons-nous nous tutoyer ?

Neil regarda la jeune fille. Elle devait avoir environ cinq ans de moins que lui. Il ne répondait pas. Il n’avait jamais entendu une voix comme celle-là.

  • Nous pouvons nous dire « tu »… tout le monde se tutoie ici ce soir.

Neil avala une boule de salive. Il se demanda s’il fallait répondre à cette jeune femme qui venait de baisser un peu les yeux avec un soupçon de timidité. Fallait-il lui répondre ? Ne fallait-il pas attendre encore un peu que des mots sortent de cette bouche ? Les mots étaient aussi doux qu’une couette : ils montaient au cerveau et enveloppaient le corps tout entier de Neil.

  • Je… Oui, bien sûr… bredouilla Neil, en s’en voulant encore. Je pensais que vous et votre petit ami, vous connaissez Marc de puis longtemps…
  • Je ne connais pas Marc depuis longtemps. Je ne le connais que depuis… deux heures ? fit-elle avec un petit rire.

Ses yeux en amande semblaient alors se plisser.

Elle ajouta, en se tournant à nouveau vers Neil :

  • Je ne connais pas Marc depuis longtemps mais je le connais depuis longtemps par mon frère, fit-elle, en regardant en face celui que Neil venait de nommer « votre petit ami ».

La soirée se passa à rire, à boire et à rigoler encore. Jusqu’au moment où Marc se leva tel un empereur devant la grande table des amis réunis.

  • Petit tour à la plage ? fit-il.
  • Bonne idée, lancèrent à l’unisson plusieurs des personnes invitées.

On débarrassa un peu les bouteilles qui s’empilaient sur la table. Neil sentait un début d’ivresse lui apporter un début de bonheur.

Il faisait un peu frisquet, pour se rendre à la plage en pleine nuit et à pied. Le groupe des joyeux drilles arriva au pont.

Celle dont Neil venait d’apprendre le prénom, le regarda et fit un sourire tout en frissonnant.

  • Vous avez… tu as froid ? demanda Neil.
  • Un peu…
  • Prenez mon blouson, dit Neil.
  • Mais tu…
  • Vas-y, je ne suis pas du tout frileux, fit Neil en se comprimant les abdominaux pour supporter le petit vent froid qui les accompagnait lors de la traversée de cette rampe de bois les menant au sable sec.
  • Maria, je suis très content de faire ta connaissance fit Neil en laissant la jeune fille se blottir contre lui.
  • Moi aussi, fit Maria, en se plaçant sous le bras de Neil comme sous l’aile chaleureuse d’un Neil qui était aux anges.

 *****

Les conséquences ne se firent guère attendre longtemps. Il suffit à Neil de voir Marc passer au distributeur de café au même moment, la semaine suivante.

  • Alors, petit veinard ? Sacré canon, la « Maria », hein ?
  • Une chouette fille.
  • « Une chouette fille » : j’adore ta façon de dire ça… lâcha Marc en récupérant le gobelet  de café crème que la machine venait de remplir à ras-bord.

La journée se déroula sans incident. Bobant était en vacances pour deux semaines. Neil se sentit aussi en vacances, pour deux semaines…


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