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La décision de Neil (2)
11/6/2013 5:38:30 (2215 lectures)

2



2

Journal de Neil au premier jour (dossier Gendarmerie NK353837a).

« Lenteur de l’idéation… » : c’est ce que le médecin a noté dans le courrier au psy, à son « confrère » comme il dit.

Si on m’avait dit que j’irais voir un psy un jour…

Hier soir, ça a été le coup fatal : un froid a traversé d’un seul coup tout mon corps et j’ai cru que j’allais m’évanouir d’angoisse. Ça m’a pris dehors. Je ne savais pas s’il s’agissait du vent, d’un frisson annonçant une maladie qui couve ou de la folie pure et simple qui me gagnait. Le vent froid était dehors mais il m’a semblé un instant glisser sous ma peau et parcourir tout mon corps. J’étais effrayé. Mon pouls a dû monter très haut. Je ne me suis senti mieux qu’après être entré dans la voiture et après avoir fait plusieurs kilomètres.

[page 7 arrachée. Référent : Brigadier DUBOIS]

*****

« Certains voudraient avoir du travail, d’autres feraient tout pour y échapper ». C’est avec une réflexion de ce type que Neil posa son premier pied par terre en sortant du lit.

Il faisait froid dans cette pièce. Rien n’était plus pareil qu’avant depuis peu.

Avant il y avait la chaleur de ce lit partagé avec Béa. Ce lit qu’ils avaient mis tant de temps à choisir. Un lit qui permettait à chacun de dormir sans sentir les mouvements de l’autre. Cette finalité tant vantée par le vendeur fit sourire Neil de tristesse. Il s’extirpa de cette couette de fortune, de cette pièce et de sa tristesse. Il revint sur ses pas : il rangea le matelas. Béa gueulerait encore s’il ne le faisait pas. Parfois, il se disait que Béa était « en lui » : Il ne trouvait pas d’autres mots, d’autres expressions pour dire cette impression.

Il passa devant la chambre de Petit Pierre. Son fils dormait à poings fermés. C’était normal à une heure si matinale.

Aujourd’hui allait être une journée dure. Il le sentait. Il n’aurait pas su dire pourquoi, mais il le sentait.

Il redoutait depuis longtemps ce moment. Avoir ainsi rendez-vous avec le Directeur n’était pas normal. Son Chef de pôle s’était bien gardé de lui donner des explications :

  • Il veut te voir ; j’en sais pas plus…

La secrétaire de direction n’avait guère été plus loquace.

  • Votre rendez-vous avec Bruno BOBANT est fixé à 9 H 30. Monsieur BOBANT me charge de vous prévenir qu’il aura peut-être quelques minutes de retard.

Retard ou pas, Neil n’avait rien demandé. Il sentait bien, une fois de plus, que « dans la vie on n’a pas toujours le choix »…

 *****

BOBANT arriva vers 9 H 45 d’un pas nonchalant, comme si rien de particulier ne l’attendait.

  • Comment va-t-on ?, lâcha-t-il à Neil en lui tendant la main et en le regardant droit dans les yeux. Vous n’avez pas osé entrer dans mon bureau et vous asseoir ? Je vous reconnais bien, Neil ajouta-t-il en passant de la salle d’attente à son immense bureau.

Les questions de BOBANT étaient le plus souvent de la même teneur : elles n’appelaient pas de réponse, elles n’en attendaient pas.

  • Madame DUCHENE, vous voudrez bien passer me voir, fit-il en appuyant sur l’interrupteur de son téléphone pour contacter sa secrétaire de Direction.

Cette dernière arriva à peine trente secondes plus tard. Elle arbora une esquisse de sourire mi condescendant mi-gêné en croisant le regard de Neil.

  • Que serais-je sans une collaboratrice comme vous lâcha BOBANT. N’est-ce pas ? fit-il en souriant à Neil qui attendait un signe, un geste pour s’asseoir.
  • Vous n’allez pas rester planté là, Neil ! Asseyez-vous ! fit BOBANT qui semblait, comme à son habitude, souffler le chaud puis le froid.

Neil commença à sentir le stress qui montait. Il est rare qu’on s’attarde à essayer d’écouter son cœur battre mais là c’est son cœur qui par ses pulsations rappelait à Neil son existence. Etrange pulsation que celle-là qui partait des poumons, du thorax montait dans la gorge, dans la nuque puis montait jusqu’aux tempes. Bientôt la tête de Neil ne fut plus qu’un bout de bois coincé entre les deux mâchoires d’un étau. Ces mâchoires venaient comme par saccades serrer les deux côtés de sa tête.

BOBANT disposa ses dossiers autour de lui sur le bureau. Madame DUCHENE avait sorti son bloc-notes. Ils étaient l’un à côté de l’autre. Le silence régnait. Neil se faisait l’impression d’attendre les trois coups de départ.

BOBANT regarda DUCHENE d’un air entendu puis ouvrit les hostilités.

  • On a un problème, non ? On a un problème, Neil, depuis quelque temps ?

Neil se sentait s’enfoncer dans ce siège. Ses pensées n’étaient plus que du polystyrène friable à merci dont les bords commençaient à se disloquer.

DUCHENE passa le dossier à BOBANT. BOBANT réceptionna le dossier. Il l’ouvrit. Il regarda une feuille dans le dossier, il passa à une autre.

On frappa alors à la porte… Dans sa folie réactionnelle Neil se demanda s’il ne s’agissait pas de l’entracte et d’un moment où il pourrait ainsi cesser de suffoquer intérieurement pour retrouver une respiration normale.

Neil réalisa rapidement que ce n’était pas l’entracte. C’était toujours la même scène et c’était le moment où son chef de pôle arrivait. « Bernard » arrivait.

Neil se dit que Bernard allait l’extirper de cette mauvaise pièce de théâtre dans laquelle il se retrouvait acteur malgré lui, acteur inactif tout juste capable d’acter ce qui se tramait peu à peu.

Mais… Bernard ne regarda pas Neil. Il regarda BOBANT et lui envoya un sourire. Un vent de connivence semblait balayer soudain ce bureau aux murs tout tapissés en blanc.

Neil chercha à capter le regard de Bernard mais à peine fut-ce possible : à l’instant où cela se fit, le regard de Bernard ne fut qu’une sorte de miroir renvoyant Neil à sa situation et l’épinglant tel un papillon sur le tableau d’un triste sort qui allait advenir. Bernard était sur l’autre rive. Neil ne put manquer de noter que Bernard s’asseyait lui aussi en face, à côté de BOBANT.

Ils étaient trois. Ils étaient en face. Neil eut un éclair de lucidité. Il lâcha en son fort intérieur : « le procès va pouvoir commencer ».

BOBANT se remit à tourner les feuilles :

  • 14 H 32 le 7 novembre, 14 H 35 le 16 novembre, 14 H 37 le 24 novembre. Mieux ! 14 H 43 le 21 décembre !!! Et pourtant… vous savez bien, Neil, qu’on est censé commencer le travail à 14 H 30, n’est-ce pas Neil ? Depuis… quinze ans que vous êtes ici, vous le savez, n’est-ce pas Neil ?
  • Je,… je… ça a pu arriver que… bredouilla Neil.
  • Ah ça oui ! « Ça a pu arriver », lança BOBANT en rigolant et en regardant Bernard qui crut bon de rigoler un peu, lui aussi. Ça a pu arriver ? Mais c’est arrivé, mon cher ami, fit BOBANT d’un air dur et sec cessant là tout sourire.
  • Oui, mais… ça n’arrivera plus… c’est simplement que…
  • « C’est simplement »… que quoi ? fit BOBANT qui sécha Neil définitivement sur place.

Le chaud et le froid arrivèrent dans la pièce. Neil le sentait bien.

  • Que se passe-t-il donc ? demanda BOBANT. Je pensais que vous aviez retrouvé une certaine stabilité ? lâcha BOBANT en laissant un long blanc et en laissant Neil s’approprier le sens du propos. Nulle autre personne que Neil ne pouvait se brancher sur le même canal et capter le sens de ce dont il venait à l’instant d’être  question.

Neil vit son passé remonter à la surface à partir de ce mot de « stabilité ». Comment BOBANT pouvait-il lui faire cela ? De quel droit pouvait-il s’immiscer dans son cerveau ? remuer le tout et faire goûter à Neil ce sentiment de fragilité avec lequel il pensait avoir coupé depuis quinze ans ?

BOBANT était immonde ; ses propos étaient putrides. Neil fut pris d’une envie de vomir. Comment pouvait-on jouer ainsi avec des individus en triturant en public et l’air de rien des confidences lâchées lors d’un entretien de recrutement quelques années auparavant ?

Neil sortit du bureau trente minutes plus tard. Il laissa BOBANT et ses acolytes derrière. Il se sentait lessivé. Il lui semblait avoir fait les frais d’un début de lavage de cerveau. Il partit vomir. Cela lui fit du bien.


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