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La décision de Neil (1) [à suivre...]
10/6/2013 22:22:44 (2129 lectures)

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09 avril 2012

Philippe GELEOC

La décision de Neil

 

*****

Neil se leva, expira d’un coup sec, puis sortit en claquant la porte.

Six ans qu’il endurait ce manège, six ans qu’il supportait d’être ainsi rabaissé. Il venait de prendre une décision, enfin.

Il réalisa, en s’éloignant, à quel point la décision qu’il venait de prendre était grave. Il sentait un vent de liberté le pousser dans le dos. En même temps, il sentait par devant les lames acérées de couteaux imaginaires s’enfoncer dans ses côtes et dans son cœur à l’idée qu’il perdait sa compagne, à l’idée qu’il perdait aussi son enfant par cette saloperie de décision.

Il continua à marcher, à marcher et à marcher encore. Il voulait ne s’arrêter jamais tant qu’il lui resterait une once d’énergie et de conscience. Il voulait s’épuiser jusqu’à perdre conscience et tomber, comme mort.

Les idées, les images défilaient dans sa tête et repassaient en boucle. L’idée qu’il allait de l’avant et qu’il ne ferait jamais, par principe, machine arrière vers les instants de bonheur passés lui fit monter les larmes aux yeux. Bientôt il ne fut plus que sanglots.

Les larmes coulaient sur ses joues. Elles se mélangeaient à celles de la pluie qui semblait pleurer, elle aussi. Il marchait, marchait, continuait à marcher.

Le ciel se fit peu à peu de plus en plus sombre et prit les couleurs de la dépression. Voyant des phares éclairer la nuit au-delà du virage qui s’annonçait à l’horizon, il bifurqua, entra dans la forêt et se laissa tomber dans les tas de feuilles mortes.

Il décida alors de mourir là. Il décida qu’il en serait ainsi et qu’il se laisserait pourrir là parmi les branches, les feuilles, les mousses et les toiles d’araignées.

Combien de temps passa-t-il là, nul ne pouvait le savoir, nul n’aurait pu le dire. Il ferma les yeux. Il s’entendait haleter. La machine continuait donc à tourner, contre toute attente. Rien n’y faisait.

*****

Reprise du travail cette semaine. Le travail donne un rythme, le travail force à se lever le matin. Cela permet de se concentrer sur quelque chose.

« Laisser ses soucis au vestiaire ». Neil pensait à cette phrase du patron quand Marc entra dans le bureau. A vrai dire, il n’entra pas vraiment : il entrouvrit la porte, fit un sourire puis lâcha comme à son habitude :

  • Petit bowling, ce midi ?
  • Super idée, fit Neil en se forçant à être convaincu par cette idée et en faisant un geste du pouce.
  • OK conclut Marc en faisant un sourire plus crispé comme s’il venait de détecter un souci.

*****

Quinze minutes : c’est le temps qu’il fallait à Neil et Marc, en général, pour rejoindre la salle de bowling. Les pneus de l’Audi dernier modèle de Marc faisaient craquer les uns contre les autres les graviers du parking.

Claquement de porte. Nouveau claquement de porte. Neil et Marc passèrent de la voiture à l’antre artificielle de la salle de bowling. Ils passèrent sous une haie de guirlandes quelque peu de circonstance en cette veille de Noël.

  • Deux sandwichs du chef, Messieurs ? fit la jeune serveuse.
  • Deux sandwichs du chef, répondit Marc avec un sourire qui dérida encore un peu plus la jeune serveuse.

Celle-ci se retourna pour s’en aller rejoindre le comptoir. Marc regarda de haut en bas la fille et Neil regarda Marc regardant cette fille.

Neil se demandait si, effectivement, il ne valait pas mieux être comme Marc. Regarder les filles comme on veut, prendre plaisir à le faire librement, ne pas être à chaque fois en train de se demander si Béa le regardait ou pas, regardant les filles…

Le midi se passa là, au bowling. L’après-midi se passa au bureau, dans l’entreprise, comme d’habitude.

*****

  • Qu’est-ce que tu as encore foutu hier soir ? lâcha Béa tout en mettant les assiettes sur la table presque comme on lancerait des frisbees.

Cette phrase sèche glaça de suite le sang de Neil alors qu’il venait à peine d’entrouvrir la porte pour entrer chez lui.

Il ne répondit point.

  • C’était quoi ces feuilles mortes partout ? C’est même pas la peine que je te demande… poursuivit Béa sans regarder Neil. Je suis la bonne qui lave les vêtements trempés remplis de terre…
  • Je… je…, suffoqua Neil.
  • Je, je : il n’y a que ce « je » ; il n’y a que toi qui compte. T’es tout juste bon à dire « je »… rien d’autre. Je me demande bien ce que je reste faire avec un mec pareil qu’est même pas foutu de…

Neil resta blême et pétrifié en ressentant jusque dans ses os ce grand vent de haine que la simple ouverture de la porte venait de laisser s’abattre sur lui.

Demi-tour droite. Il déboutonna son duffle-coat et l’accrocha en silence au porte manteau. Il avait peur que le moindre geste maladroit de sa part ne vint déclencher une nouvelle rafale de ce froid insondable.

  • Petit Pierre est dans sa chambre ? bredouilla-t-il.
  • Où veux-tu qu’il soit ? répondit-elle. Sa phrase acérée aurait tranché plus d’une gorge.

Neil se fit une raison, une fois de plus. Il s’accommoda de cette situation une fois de plus.

Il se dirigea vers la petite chambre.

  • Pourquoi Maman crie ? demanda Petit Pierre en jouant avec le dé.
  • … Elle est un peu fatiguée, fit-il tout bas.
  • Tu es venu jouer avec moi ?
  • Juste un peu…

Ils lancèrent l’un après l’autre le dé plusieurs fois. Petit Pierre jouait et regardait le dé tourner. Neil lançait le dé et pendant qu’il tournoyait, il regardait son Petit Pierre, ce petit bonhomme d’à peine trois ans : il regardait ses cheveux, ses yeux pétillant de plaisir et de malice.

Petit Pierre s’arrêta subitement de jouer et leva la tête. Il semblait soudain pétri d’interrogations. Les mots surgirent dans la pièce :

  • Dis, Papa, c’est quel âge que j’avais quand j’étais petit ?

Neil resta un temps interloqué. Il aurait tellement voulu en rester à ces questions simples et naïves, imperméables à toute forme d’hypocrisie.

Des petites larmes lui montèrent aux coins des yeux.

  • Ta question elle n’est pas facile, fit-il. Il ajouta simplement « Il faut qu’on aille manger ».

Petit Pierre se leva, se blottit contre Neil tel un petit oiseau dans du coton de tendresse. Neil essuya ensuite ses fichues larmes que le barrage de la maîtrise de soi venait de laisser se déverser hors du cadre.

 


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