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Les lycéens manifestent. Crise de l'enseignement ou malaise plus profond ?
6/1/2013 16:44:14 (2603 lectures)

 
 

Les lycéens manifestent. Peut-on parler d'une crise de l'enseignement ou s'agit-il d'un malaise plus profond ? Qu'en pensez-vous ?

 
 
 


Dissertation n°1
/ Philippe GELEOC / 1999 / Entraînement IPAG
 
Appréciation : « Très bon devoir 18/20 »
 

SUJET :

Les lycéens manifestent. Peut-on parler d’une crise de l’enseignement ou s’agit-il d’un malaise plus profond ? Qu’en pensez-vous ?

Les lycéens manifestent : ceux de telle ville parce qu’ils n’ont pas de « labo de langues » - entendre : laboratoire –, ceux de telle autre ville parce qu’« on manque de profs », ceux-ci parce qu’il y a « des classes trop chargées », ceux-là parce que « Allègre ne tient pas ses promesses »,etc. Bref, les lycéens manifestent pour des raisons diverses, divergentes quand ce n’est pas pour des raisons parfois contradictoires voire inavouables… De là que surgit – une fois n’est pas coutume mais plusieurs fois font songer à quelque chose comme une tradition – l’idée qu’il y aurait une « crise de l’enseignement ».

L’idée d’une « crise de l’enseignement » est-elle pertinente pour caractériser quelques manifestations ponctuelles aux motifs divers et peu en relation les uns avec les autres ? Une telle expression – « crise de l’enseignement » – ne convient-elle pas davantage pour rendre compte de la révolte étudiante, aux motifs cette fois liés entre eux, des années 1968-1969 ? Ce qu’on appelle « crise de l’enseignement » ne témoigne-t-il pas plutôt d’un malaise plus profond lié notamment à une crise, généralisée, de l’autorité elle-même ?

Autant de questions qui non seulement nous invitent à comprendre de l’intérieur les maux qui rongent nos société dites démocratiques, mais se rassemblent autour d’une même interrogation : n’y a-t-il pas derrière ces symptômes que sont les manifestations lycéennes une maladie qui dépasse de loin la « crise de l’enseignement » dont on parle tant dans les médias, une maladie touchant les fondements démocratiques de la société française tout entière ?

Pour répondre à une telle question, encore faut-il commencer par essayer de voir quelles sont la pertinence et les limites de cette thèse qui veut qu’il y ait actuellement « crise de l’enseignement ».

***
**
Sale prof !de Nicolas REVOL et A bas les élèves ! de Philippe MILLNER : si l’enseignement, jusqu’à preuve du contraire, est pour l’essentiel constitué de la rencontre entre, d’un côté des professeurs et, de l’autre, des élèves, les deux titres ici cités, une fois mis en relation, donnent de toute évidence à penser que le milieu de l’enseignement n’est pas actuellement – les deux livres datent d’août-septembre 1999 – des plus pacifiques. Encore ne s’agit-il là – disant cela – que d’un euphémisme : Nicolas REVOL raconte dans son livre comment, après avoir été violenté verbalement à longueur de cours par ses élèves, il a bien failli mourir étranglé par un élève, délinquant multirécidiviste ; tandis que Philippe MILLNER dénonce à travers une typologie, cette fois davantage burlesque, les personnalités type de certains élèves dont « la conne oiseuse », le « spécialiste du « c’est pas ma faute » » et de tous ces jeunes qui « ne paieront même pas nos retraites ». Lorsque les élèves étranglent les professeurs, lorsque les professeurs insultent, quoique de façon comique, leurs élèves, sans doute y a-t-il lieu de s’interroger ; c’est ce qui nous vaut pas moins d’une dizaine de publications d’ouvrages durant le seul de mois de septembre 1999 tournant toutes autour du thème de l’enseignement et de ses dérives. Dès lors, surgit la question de savoir ce qu’il convient de penser tant des manifestations lycéennes que des publications des enseignants. Faut-il s’empêcher de tirer la sonnette d’alarme et dire comme l’actuel ministre de l’Education nationale qu’après tout il est normal que « les réformes pour l’Ecole du XXIème siècle » génèrent « quelques inquiétudes » ? Ou bien, n’est-il pas temps de prendre au sérieux l’idée de « crise de l’enseignement » ?
Qu’il y ait actuellement une « crise de l’enseignement », rien n’est plus certain. L’Horreur pédagogique, pour reprendre le titre du livre de Guy MOREL et Daniel THUAL-LOIZEAU, n’est sans doute pas partout : elle existe pourtant dans certains lycées, dans certains collèges au sein desquels non seulement les enseignants ont l’impression de prêcher dans le désert face à des élèves qui sont là « par obligation », mais sont en outre confrontés à une violence quotidienne multiforme. En témoignent les propos tenus par certains enseignants dans Mémoires de profs de William REYMOND. Du côté des élèves la situation n’est pas toujours réjouissante non plus : la technicité des discours et exigences de certains professeurs formés, au sein des Instituts de Formation des Maîtres (I.U.F.M.), à l’école des « sciences de l’Education » et imbibés de ce « pédagogisme » qui leur fait parler d’« enseignant » – soit –, mais aussi d’« enseigné » et de « référentiel bondissant » – traduction : « élève » et « ballon » –, est une technicité qui rend assez difficile la communication… Bref, la « crise » existe bel et bien et c’est être assez aveugle ou empli de mauvaise foi que de ne pas le reconnaître. Ceci dit, qu’est-ce qu’une « crise » ?
Sur ce point l’étymologie du terme de « crise » est fort intéressante. Le mot « crise » vient du grec « Krinein » qui signifie juger et qui donne en français non seulement le terme de « crise » mais également le terme – nom ou adjectif – de « critique ». Sans jouer sur les mots et sans accorder à l’étymologie plus d’importance qu’elle n’en a, du moins et-il possible de dire qu’il y a une « crise » lorsqu’un individu, un groupe, une société ou, ici, l’enseignement, traversent un moment « critique ». Les grecs parlaient dans ce cas de « Kairos », c’est-à-dire de ce « moment opportun » où il s’agit de « juger » sérieusement l’état « critique » du malade et d’apporter les remèdes appropriés pour éviter que le malade en question ne trépasse. Autant dire que le terme de « crise » est on ne peut plus pertinent pour caractériser un milieu de l’enseignement qui tel un « bateau ivre » – selon l’expression reprise à Rimbaud par Thierry DESJARDINS dans Le scandale de l’Education nationale pour caractériser l’Université – risque de s’échouer définitivement sur le récif des futures générations si les causes de la maladie ne sont pas élucidées. Mais quelles sont ces causes ?
***
Il y a bel et bien une « crise de l’enseignement » : rien n’est plus certain, mais quelles en sont les causes majeures ? Ces causes sont diffuses et ont été pendant longtemps, de toute évidence, passées sous silence. Courageux, ou en tous cas animés par la passion de découvrir et de dire publiquement la vérité, sont ceux qui, journalistes ou enseignants voire rapporteurs au Parlement – songeons au rapport sur : l’Institut National de Recherche Pédagogique (INRP) et son directeur Philippe MEIRIEU – ont publié des livres ou des articles rendant compte de la politique de l’Education nationale telle qu’elle est actuellement menée. A présent le silence est brisé. Nous apprenons tout d’abord dans l’ouvrage de Laurent JAFFRO et Jean-Baptiste RAUZY, intitulé L’école désœuvrée que les tenants du « pédagogisme » creusent le fossé, inacceptable parce qu’absurde, entre la pédagogie et la transmission des œuvres – d’où le titre choisi –, entre le savoir-faire pédagogique et le savoir tout court. Ces tenants du « pédagogisme », dont Philippe MEIRIEU est le porte-parole le plus connu, non seulement nient l’importance de la dimension de « transmission du savoir », non seulement veulent placer « l’élève au centre » – et du coup l’enseignant… à la périphérie comme animateur – , mais en outre officient dans les I.U.F.M. qui « apprennent à apprendre comment apprendre » (Thierry DESJARDINS) et à l’INRP qui n’est pas pour rien dans la nature des « directives » naissant rue de Grenelle et s’imposant ensuite aux établissements d’enseignement. « Apprendre à apprendre » est sans aucun doute chose importante : encore faut-il que cela débouche sur la transmission d’un savoir et sur la connaissance d’œuvres au sens large – théorèmes, théories, etc. –, sans quoi l’on voue les élèves à ne plus pouvoir véhiculer autre chose que des opinions creuses et stériles. Ceci étant, est-il à ce point scandaleux de voir l’élève ainsi placé au centre lors même que l’on sait, depuis au moins 1968, ce que peuvent avoir de pénible ces « cours magistraux » qui s’imposaient aux anciennes générations et plaçaient le professeur, l’instituteur « au centre » de l’enseignement ? L’élève n’a-t-il pas son mot à dire ? Les revendications des lycéens qui manifestent ne sont-elles pas légitimes ?
Que l’élève ait son mot à dire, que les revendications lycéennes – certaines d’entre elles – aient une légitimité : qui, hormis un dictateur, ne s’accorderait à le penser ? Ce n’est pas cela qui est en cause dans ce qu’il est convenu d’appeler la « crise de l’enseignement ». La cause majeure de cette crise tient dans ce qu’avec Thierry DESJARDINS il s’agit ici de dénoncer comme : Le scandale de l’Education nationale. Ce « scandale » – appelons cela comme on veut – tient en ceci que l’école voulue par les « pédagogistes », qui sont à l’origine des « directives » émanant du ministère de l’Education nationale, est une école dans laquelle il est proposé aux élèves non pas de viser à s’intégrer dans la société actuelle mais de viser à construire la société dans laquelle ils voudront vivre. Aussi séduisante qu’elle puisse de prime abord paraître, cette proposition émise dans un livre majeur de Philippe MEIRIEU ne laisse pas moins l’occasion de s’interroger sur cette future société qui embaume un peu trop le parfum des célèbres « lendemains qui chantent ». Dit clairement : Philippe MEIRIEU et ses disciples, sous couvert d’un langage – enfin – dénoncé comme « abscons » et « ésotérique » par un rapport d’une Commission d’enquête, ne prônent rien moins qu’une révolution à l’intérieur de l’Ecole elle-même. N’ayant pas réussi en bons soixante-huitards à mettre en place la « Révolution » – annoncée par Marx dans le Manifeste du Parti communiste : « Prolétaires de tous les pays unissez-vous… » – nos « gourous » (DESJARDINS) des « Sciences de l’Education » tenteraient désormais d’aider les élèves à faire la Révolution… dans l’Ecole, puisqu’ils auraient renoncé à croire qu’elle était possible dans la société toute entière. Cette thèse de Thierry DESJARDINS, argumentée point par point, apporte quelque lueur dans un domaine – celui de l’enseignement – trop longtemps demeuré dans l’obscurité. Qui sait, sans avoir lu L’horreur pédagogique, qu’un formateur de l’I.U.F.M. d’Amiens demande aux futurs professeurs en stage d’imaginer qu’ils ont un pinceau dans le nombril et de peindre un tableau pour… « développer l’expression corporelle » ( !) ? Par où l’on voit que les manifestations lycéennes, certes, sont d’importants symptômes d’une « crise de l’enseignement » mais n’en demeurent pas moins qu’une modeste fraction visible d’un Iceberg dont la face cachée témoigne peut-être d’un malaise plus profond. Quel est ce malaise ?
***
Le malaise qui se cache derrière les manifestations lycéennes est plus profond qu’on ne serait tenté de le croire de prime abord. Ce malaise dont « la crise de l’enseignement » n’est qu’une des nombreuses illustrations possibles tient dans le déclin, la crise de ce qu’il est convenu d’appeler « l’autorité ». Pour bien comprendre ce qui est en jeu ici, il faut commencer par souligner ceci que, comme l’a bien vu le souligne Alain RENAUT (Le Monde des débats, numéro consacré à l’autorité), nos sociétés démocratiques sont, justement, « démocratiques » parce qu’à la différence des sociétés, par exemple, du Moyen-Age, ne sont plus acceptées les règles imposées de l’extérieur à l’individu par « la tradition » et ne sont dès lors acceptées que les normes passées au crible de « l’argumentation ». En substituant à la « tradition » l’« argumentation » nos sociétés démocratiques ont offert à l’individu une indépendance à l’égard de normes ancestrales véhiculées par la tradition qui est sans doute une bonne chose. Il reste que favoriser ainsi l’argumentation et donc la libre discussion des normes sociétales ne pouvait au bout du compte que favoriser en même temps une remise en question de l’autorité et des autorités. Pourquoi une collectivité territoriale serait-elle tenue de s’incliner devant les décisions unilatérales de l’Etat ? De quel droit les parents seraient-ils investis pour ordonner aux enfants de faire telle ou telle chose ? Enfin – last but not least –, pourquoi le professeur serait-il plus habilité à dispenser les cours que ne le sont les élèves ou étudiants ?
Cette dernière question fut posée à Paul RICOEUR, professeur de philosophie à Nanterre à l’époque, par quelques étudiants en 1969. Quelque peu dérouté face à une telle question notre bon philosophe, tout emprunt de sagesse, se contenta de répondre sobrement : « parce que j’ai lu plus de livres que vous ». Cette question était, il est vrai, quelque peu déroutante. Qui aurait posé ou osé poser une telle question aux « hussards noirs de la République » ? Toujours est-il que nous avons là une parfaite illustration de la crise de l’autorité née dans les années 1968-1969 au sein de l’enseignement, une crise dont il n’est pas dit que notre société actuelle ait vraiment réussi à sortir. Preuve en est le fait que les élèves qui manifestent aujourd’hui dans les rues sont encore dans cette illusion qui consiste à croire que la relation verticale d’autorité est susceptible de pouvoir être constamment négociée selon une relation horizontale de discussion – distinction empruntée ici à Paul RICOEUR lui-même dans La critique et la conviction. Il est vrai qu’avant de déclarer aux professeurs « Enseignants, je suis des vôtres », l’actuel ministre de l’Education nationale a quelque peu alimenté une telle illusion chez les élèves en leur faisant croire qu’il était, pour ainsi dire, de leur bord.
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Que souligner en conclusion si ce n’est que les manifestations lycéennes cachent plus de choses qu’on ne croit. Elles sont le symptôme non seulement d’une « crise » effective de l’enseignement mais aussi d’une crise plus ample, plus générale : la crise de la notion d’autorité au sein d’une société démocratique qui, en favorisant l’argumentation et la discussion, ne pouvait que favoriser par là-même une remise en question des principes mêmes sur lesquels s’appuie toute démocratie.
 
Philippe Géléoc
1999-2000
Devoir sur table


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