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Réussir sa vie. Lettres à un jeune ami. MANUEL (III)
23/4/2011 8:29:58 (2877 lectures)

MANUEL POUR UN BON USAGE DE LA LIBERTE (III)



III
DU BON USAGE DE LA DEFINITION DE SOI ET DES AUTRES
 
S’arracher au risque d’enfermement dans une définition
 
 
 
CSR 1 : L’HABITUDE (MAUVAISE) DE S’ENFERMER SOI-MEME DANS DES DEFINITIONS
 
 
 
CSR 2 : L’HABITUDE (TOUT AUSSI MAUVAISE) D’ENFERMER LES AUTRES DANS DES DEFINITIONS
 
 
CSR 3 : NOTRE SEULE DEFINITION A NOUS ET AUX AUTRES : L’ABSENCE DE DEFINITION
 
 
CSR 4 : RECHERCHER DES DEFINITIONS JUSTES DE SOI ET DES AUTRES POUR FAIRE BON USAGE DE LA LIBERTE HUMAINE : NE JAMAIS OUBLIER QUE LE DISCOURS QUI EST PORTE, C’EST MOI « SUJET QUI LE PORTE »
 
 
 
« Je ne suis pas bonne à l’oral », « je ne suis pas intelligent comme elle », « je suis trop nul » : au quotidien, ces discours sur soi et sur les autres sont légion. Ils tendent tous à nous définir de telle ou telle façon. Il n’y a rien de mal à cela : il faut bien parler de soi et des autres ! Il reste que parfois et même assez souvent nous avons une fâcheuse tendance à nous enfermer ou à enfermer autrui dans telle définition, dans telle catégorie et sous une étiquette facile à mettre et difficile à décoller.
 
Cette fâcheuse tendance à s’enfermer soi-même ou à enfermer autrui dans une définition est dangereuse : elle oublie que l’homme en général est un être perfectible susceptible d’évoluer dans le temps, positivement comme négativement. L’homme est, en outre, un être libre : il peut revenir sur ses actes, se dire qu’il était possible de faire mieux et décider dès lors de faire autrement. Il n’est pas enfermé dans les actes qu’il a produit : un « délinquant » n’est pas réductible à sa définition de « délinquant » et son être n’est pas réductible à la catégorie employée par la société pour le définir.
 
Cette fâcheuse tendance est ce qu’on peut appeler une forme de « réification » (de res en latin qui signifie : objet) : l’homme a tendance à faire de lui-même et des autres des objets enfermés dans une définition. Autant il est concevable qu’une table qui est une bonne table soit enfermée dans la définition qu’on en donne (une tablette + des pieds), autant il est dangereux de croire qu’un individu est réductible au discours qu’il porte sur lui pour se définir ou réductible au discours que nous portons sur lui pour le définir. Cela est dangereux car cela retire par avance à l’individu cette possibilité de faire usage d’une liberté pourtant inscrite en lui. Prenons quelques exemples…
 
 
 
CSR 1 : L’HABITUDE (MAUVAISE) DE S’ENFERMER SOI-MEME DANS DES DEFINITIONS
 
« Je suis une mère de famille, je ne peux pas me permettre de prendre du temps pour moi », « je ne suis qu’un étudiant, je ne peux pas me permettre de faire des objections au point de vue du professeur » : les exemples sont nombreux qui indiquent bien sûr que nous commençons souvent par dire ce que nous sommes (nature) pour ensuite dire ce que nous ne pouvons faire (lois) en raison de ce que nous sommes. Autrement dit, nous serions enfermés dans une nature et, de ce fait, nous n’aurions pas d’autre possibilité que le fait de nous conformer aux lois qui régissent notre nature. Etrange, non ?
 
Questions : sommes-nous, pourtant, des objets soumis aux lois ? Faisons-nous ce que nous faisons au même titre qu’une pierre lâchée de notre main à une certaine hauteur suit avec nécessité sa course vers le bas ?
 
C’est, de toute évidence, parce que nous croyons être soumis à certaines lois – une mère n’aurait pas de temps à se consacrer à elle-même par définition, un étudiant ne pourrait pas, puisqu’étant étudiant, avoir un point de vue plus pertinent que celui de son professeur, etc. – que nous finissons par le devenir. A force de penser que nous ne pouvons pas réaliser une chose nous finissons par nous couper complètement et de façon effective de la possibilité de réaliser cette chose. A force de dire ce que nous sommes (« mère de famille », « étudiant », etc.) nous finissons par croire que nous sommes enfermés dans cette définition de ce que nous sommes. Nous ne nous rendons pas ou plus compte que nous figeons nous-mêmes nos possibilités en les restreignant par avance au niveau de notre discours. Le discours caricatural que nous tenons sur nous finit par nous tenir lieu de « nature » et donc de prison dans laquelle nous nous enfermons nous-mêmes. Savons-nous, même, que nous avons encore les clés pour ouvrir ces prisons au moment où nous le voulons ?
 
Nous avons donc l’habitude, mauvaise, de nous enfermer nous-mêmes dans des définitions. Faisons éclater cette habitude qui est l’exact pendant d’une autre habitude, non moins répandue, qui consiste à enfermer autrui dans des définitions !
 
 
CSR 2 : L’HABITUDE (TOUT AUSSI MAUVAISE) D’ENFERMER LES AUTRES DANS DES DEFINITIONS
 
« Les gens sont sales », « cet étudiant est vraiment nul », « les arabes sont tous des voleurs », « les juifs sont des comploteurs »… La liste serait longue de toutes les inepties que le genre humain est capable de véhiculer sur… lui-même. L’attitude critique est une vraie qualité dans le domaine de la science ou de la réflexion en général : elle se renverse dans son contraire et devient un défaut lorsqu’elle commence à être utilisée pour dénigrer autrui. Pourquoi avons-nous pris l’habitude d’enfermer les autres dans des définitions ?
 
Dire que « les gens sont sales » revient à s’extraire de l’entité « les gens » et à se placer en surplomb pour émettre un jugement critique. S’abstraire ainsi du groupe « les gens » - dont on ne peut pas ne pas faire partie – est valorisant : cela revient à donner à croire à autrui qui nous écoute que nous sommes « au-dessus » de ceux que nous critiquons. Cela peut être un moyen de fédérer un certain nombre de personnes autour de soi : il y aurait « nous » (qui ne sommes pas sales !) et « eux », « les gens » qui « sont sales » et nous permettent, par le discours que nous tenons sur eux, de nous distinguer, d’être « distingués » par contraste avec « eux ». Dire, quand on est professeur, « cet étudiant est vraiment nul » est plus confortable que dire « je n’ai pas trouvé pour l’instant le moyen d’intéresser cet étudiant par mon propos ». Dire « les juifs sont des comploteurs » est plus simple que de se demander si nos discours ne tiennent pas sur du sable mouvant en tant que généralisations abusives infalsifiables.
 
Bref, il est plus facile d’enfermer les autres, par avance, dans des définitions que d’aller à la rencontre de leurs différences et de devoir s’interroger pour mieux comprendre cette différence. Il est plus facile de s’enfermer dans un discours réducteur que de s’ouvrir au foisonnement de la réalité et de ses multiples formes.
 
Il reste qu’à agir ainsi nous nous engageons toujours à plus ou moins grande échelle vers le début d’une destruction d’autrui et derrière autrui, de l’humain en tant que tel. De l’étudiant détruit psychiquement par le jugement d’un professeur, peinant à reprendre confiance en lui et à se reconstruire petit à petit, aux juifs détruits dans les camps de concentration il y va à chaque fois d’un jugement premier consistant à enfermer les autres dans des définitions.
 
CSR 3 : NOTRE SEULE DEFINITION A NOUS ET AUX AUTRES : L’ABSENCE DE DEFINITION
 
Qu’il s’agisse d’auto réification ou de réification d’autrui par un jugement premier porté sur soi ou autrui et figeant nos possibilités comme celles d’autrui, il y va à chaque fois d’une même erreur : l’erreur qui consiste à croire que nous pouvons être définis de façon définitive, l’erreur qui consiste à croire que toutes nos possibilités sont par avance prévues dans une définition de nous-mêmes. Il n’est pire absurdité et c’est pourtant à tomber régulièrement dans ce genre d’absurdité que nous consacrons notre temps : en tenant des discours sur ce que nous sommes, en tenant des discours sur ce que sont les autres.
 
Autrement dit : nous avons surgi sur cette terre en tant qu’êtres libres et nous passons notre temps à nous enfermer dans des définitions figeant nos possibilités. N’est-ce pas attristant et profondément absurde ?
 
Il n’est pas dit, toutefois, que nous devrions nous contenter de déplorer cette réalité attristante et profondément absurde : cette réalité ne continue à être telle que pour qui se complait à la concevoir ainsi. Au lieu de nous complaire dans cet état d’esprit, mieux vaut voir ici le défi. Quel est le défi ?
 
Le défi consiste à faire connaître au plus grand nombre de personnes possible cette vérité éclatante : la vérité est que nous sommes libres. Quand bien même les habitudes nous mèneraient momentanément à perdre de vue cette vérité, il nous faut tracer de nouveaux sillons et entrer dans de nouvelles habitudes. Parmi ces nouvelles habitudes, celle-ci : ne jamais croire que notre être est réductible à la définition que nous en donnons ou qu’on nous en donne, car cela nous mène à nous priver de milliers de possibilités inscrites en nous et qu’il n’appartient qu’à nous de déployer.
 
Excellente citation, de ce point de vue, que celle de Jean-Baptiste PONTALIS qui déclarait :
 
« On est fait de mille autres (…). En étant multiple, c’est comme si je répondais aux autres que je ne suis pas forcément ce qu’ils m’enjoignent d’être. Je déteste l’emprise, la dépendance. Il me faut toujours me déprendre de ce qui me fixerait comme un papillon qu’on épingle[1] ».
 
Ou encore celle-là, d’ Eva JOLY :
 
 
« J’ai besoin de mouvement. Certains appelleront ça de l’ambition. Le mot ne me fait pas peur. J’ai toujours eu peur du moment où le réel nous assigne notre place : vous êtes la bonne, vous êtes l’épouse, vous êtes une mère, vous êtes une secrétaire, une juge puisque vous êtes une obstinée, mais docile s’il vous plaît. Vous avez l’âge de la retraite. Non, j’ai toujours bousculé cet ordre-là. J’ai soixante-trois ans. Et je n’ai jamais été aussi libre[2] ».
 
CSR 4 : RECHERCHER DES DEFINITIONS JUSTES DE SOI ET DES AUTRES POUR FAIRE BON USAGE DE LA LIBERTE HUMAINE : NE JAMAIS OUBLIER QUE LE DISCOURS QUI EST PORTE, C’EST MOI « SUJET » QUI LE PORTE
 
Comment nous définir et définir autrui sans, ce faisant, nous enfermer dans une définition et perdre de vue la liberté qui est nôtre pour peu que nous daignons en faire usage ? La chose est relativement simple quoique rarement mise en œuvre : il suffit de se dire que nous ne sommes et ne serons jamais réductibles au discours que nous tenons sur nous-mêmes. L’humain excède toujours potentiellement au niveau des ses possibilités tous les jugements visant à définir ce qu’il est : ce qu’il n’est pas aujourd’hui, il peut le devenir demain ; ce qu’il est aujourd’hui il peut fort bien décider de ne plus l’être demain.
 
Est rarement mis en œuvre le fait de tenir un discours sur soi ou sur autrui tout en pensant en même temps au fait que c’est nous qui sommes en train de dire quelque chose sur quelque chose. Lorsque nous pensons il y a le pensant (moi en tant que sujet) et y a le pensé (moi, ou autrui, en tant qu’objet de ma pensée). Le pensé n’existe que pour autant qu’il y a un pensant pour le penser. Dit autrement : l’objet n’est que pour autant qu’un sujet (un individu doté d’une conscience et d’une volonté) le pose comme tel.
 

Si nous perdons de vue la liberté qui est nôtre et si nous figeons ainsi par avance les potentialités que recèle notre être, cela tient au fait que nous oublions de nous penser dans nos discours comme celui/celle qui tient un discours. Le sujet qui tient un discours sur lui-même n’est jamais réductible à l’objet aux contours définis dont il parle en parlant de lui-même. Pourquoi ? Parce que le sujet qui se définit en tant qu’objet excède toujours en tant que sujet les contours et limites de cet objet dont il traite. Il est liberté : arrachement possible à ces limites et à bien d’autres déterminations.



[1] Le Monde des livres. Cahier du « Monde » daté 23 juin 2006.
[2] Eva Joly (2007), La force qui nous manque. Avec Judith Perrignon. Editions Les Arènes.p.156.
 


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